NOVEMBRE 2018
Le site reprend doucement de l'activité après plusieurs mois de pause

Marvel : De la crise et la faillite au MCU

Marvel Cinematic Universe

Saviez-vous que Marvel Comics avait failli disparaître dans les années 90 ? L'industrie des comics a connu une crise durant cette période qui a mis le géant à genoux. La faillite est même déclarée en 1996. C'est finalement le cinéma qui le sauvera, dont le MCU est l'une des principales composantes.

Les raisons de la crise

Les années 80 avaient été une période faste pour les comics. Depuis le début des années 70, ces bds abordaient des thèmes de plus en plus adultes. Mais 1986 fait passer un cap avec des romans graphiques de super-héros (Watchmen, The Dark Knight returns). Ce genre d'histoire semble avoir atteint sa maturité, ne plus vouloir se contenter d'une sphère particulière. Les scénaristes et dessinateurs deviennent de véritables stars... Et se heurtent aux décideurs. Frank Miller, révélé sur Daredevil puis avec l'énorme succès sur Batman (The Dark Knight returns, Year One) quitte DC pour publier sur la scène indépendante. Sin City sort en 1991. Marvel vit encore plus mal cette lutte car ce sont sept de ses artistes superstars qui partent pour fonder Image Comics en 1992. Image s'impose d'emblée comme la troisième maison d'éditions de comics.

Cette explosion de grands noms sur la scène indépendante conduit à une multiplication des titres sur le marché. Une offre très grande, trop grande. Les lecteurs ne peuvent pas suivre et la bulle spéculative explose. La crise est terrible. DC comics est l'éditeur qui s'en sort le mieux, grâce à son propriétaire Time-Warner. Et car il dispose d'une locomotive appelée Batman qui bénéficie de films et d'une série animée qui lui offrent une publicité inégalable. Image, eux, perdent tout espoir de concurrencer les deux grands géants du marché. Si l'éditeur existe toujours, son constat d'échec est évident en 1998 quand son pilier Jim Lee revend ses créations à DC comics (Jim Lee est aujourd'hui un haut responsable de l'organigramme DC).

Marvel dans la crise

En 1996, stupeur ! Alors qu'Image et certains indépendants survivent tant bien que mal à la crise, voilà que le numéro 1 Marvel annonce sa faillite. C'est que ses dirigeants ne sont pas du même bois. Les succès des comics avait poussé Wall Street à s'intéresser à ce marché. C'étaient ces hommes d'affaires qui avaient racheté Marvel, sans rien connaître au milieu ni ses spécificités. La rédaction était réputée en roue libre, pour le meilleur et pour le pire. Et quand la crise a frappé, aucun vrai capitaine n'était à la barre pour prendre les décisions qui s'imposaient. Et les actionnaires ont réagi comme Wall Street leur a enseigné : sauver ses billes personnelles et tant pis pour l'entreprise.

Pendant deux ans, Marvel comics va être l'enjeu d'un duel entre deux hommes d'affaires. La menace d'être désossé, démoli et réduit à néant juste pour faire de l'argent avec ce qui était encore possible. Mais en 1998, une nouvelle surprise. Marvel est racheté par sa divisions de jouets, la plus petite proposition faite aux banques. Un choix salutaire qui va engendrer la vague de films de super-héros au cinéma. Et parmi eux le MCU.

Avi Arad et Toy Biz

L'entreprise Toy Biz a été fondée en 1988 par deux israélo-américains, Isaac Perlmutter et Avi Arad. En 1990, ils décrochent un contrat pour gérer les jouets issus de l'univers Marvel. En 1991, ils participent à une adaptation des X-men en série animée. D'autres suivront : Spiderman, Iron man et bien d'autres. En 1993, Marvel investit dans l'affaire. Ils n'ont plus besoin de payer les royalties pour les utilisations de personnages. Avi Arad plaisante souvent en disant que si leur offre a été choisie, c'est à cause de l'âge des avocats et des banquiers qui s'occupaient de la revente de Marvel. Ils étaient assez jeunes pour comprendre quand il leur parlait de la valeur des personnages. Il est tout aussi probable qu'ils aient été retenus car ils étaient les seuls à se présenter avec un projet.

Racheté par Toy Biz, Marvel Enterprises est devenu Marvel Entertainment. La branche jouets a survécu jusqu'en 2007, jusqu'à ce qu'Hasbro obtienne l'exclusivité. Perlmutter s'occupe de la gestion financière et administrative du groupe. Il est toujours en place même depuis le rachat par Disney en 2009 (rachat qui a fait de lui un actionnaire de Mickey). Homme discret, il laisse à Avi Arad toute la place comme représentant de la compagnie et la direction créative.

Avi Arad recrute rapidement Joe Quesada, qui va devenir la pièce maitresse de la relance des comics Marvel jusqu'en 2010. Ce côté assuré, le nouveau patron va pouvoir s'occuper de son grand projet qui doit assainir les finances : les films de super-héros.

Les licences Marvel

Hollywood a toujours eu un intérêt épisodique dans l'adaptation de bds. En 1997, un des succès de l'année est Men in Black avec Will Smith et Tommy Lee Jones (et Vincent d'Onofrio, le caïd de la série Daredevil sur Netflix), adaptation d'un comic publié entre 1990 et 1994. Par rachats successifs d'éditeurs, les droits sont revenus dans le porte-monnaie de Marvel. En 1998, c'est Blade avec Wesley Snipes. Cette fois-ci bien tiré du corpus Marvel principal, mais un personnage très peu connu et mis en avant. Il est difficile de classer ces films comme des adaptations de comics si l'on est pas déjà prévenu de leur origine.

Avi Arad considère l'univers Marvel comme découpé en différentes licences. Certaines valant évidemment plus que d'autres. Et la valeur des licences est déjà très connue en 1996, surtout pour les fabricants de jouets. Dans les années 80, Georges Lucas a bâti son studio Lucasfilms sur les revenus des jouets tirés de sa licence Star Wars. Marvel a publié des comics Star Wars au succès limité, avant que Dark Horse n'en fasse un pilier de l'Univers Etendu Legends à partir de 1991. GI Joe, ligne de jouets militaires, avait demandé à Marvel une série de bds entre 1982 et 1994 pour se faire de la publicité. Les créatifs de Marvel sont les pères de Cobra, ses principaux leaders et les premiers personnages féminins de la gamme. Avant de passer le relais à un dessin-animé.

C'est aussi la méthode employée par DC comics et son DC animated universe qui leur a permis de survoler cette crise des années 90. Avi Arad va faire le tour des studios de cinéma pour leur proposer des adaptations de leurs personnages les plus célèbres. Chaque personnage (ou groupe) vient avec ses méchants et seconds rôles dans un pack.

Premiers succès et premiers échecs

Certains studios acceptent le contrat, d'autres se contentent d'options le temps de se décider. Voici un rappel des studios impliqués. Le premier test est X-men de Bryan singer (2000). Le réalisateur ne connaît rien aux comics, c'est un de ses amis qui le pousse là-dedans. Il prend de grandes libertés avec le matériel original, qui perdurent dans tous les films X-men depuis. Mais il est un créatif réputé, et cette réputation a pesé dans la publicité. Au final, X-men et sa suite X-men 2 (2003) seront de grands succès. Spiderman (2002) est aussi un enjeu : c'est le super-héros préféré d'Avi Arad et il s'implique dans le projet. Même s'il ne fait plus partie de Marvel aujourd'hui, Arad est toujours lié aux films sortis sur le personnage depuis.

Malheureusement, ces premiers succès ne dissimulent pas l'étendue des échecs. Les trilogies Blade, X-men et Spiderman ont connu deux épisodes de haute-volée avant de s'effondrer dans la honte et la disgrâce (en 2004, 2006 et 2007). Le blockbusters Hulk (2003), Daredevil (2003), the Punisher (2004) ou encore Ghost Rider (2007) souffrent toujours de réputations déplorables. Même en série B, Elektra (2005) est jugé comme l'un des pires films de super-héros. Seul les Quatre Fantastiques (2005) obtient un accueil mitigé, justifiant une suite. Mais cette suite en 2007 rejoint la liste ci-dessus.

Il y a effectivement une vague de films de super-héros durant ces années-là, en grande partie initiée par Avi Arad. Mais le mouvement s'essouffle. Les résultats ne sont pas honteux. Parmi les réalisations d'autres studios, la qualité et les réactions du public sont similaires. Seul les deux premiers Batman de Christopher Nolan surnagent loin au-dessus de la mêlée. Mais Marvel a réussi son pari. Les comptes sont assainis, il n'est plus questions de fermer boutique. Sauf que certains veulent plus.

Kevin Feige et la seconde vague

Le jeune producteur Kevin Feige est entré chez Marvel dès les premiers films. Sa connaissance de l'univers des comics lui avait valu une place dans l'équipe de Blade et de X-men. C'est sur le tournage de ce dernier qu'il rencontre Avi Arad. Il l'impressionne tellement qu'il décroche un contrat chez Marvel studio. Il se hisse rapidement à la seconde place de la hiérarchie. Mais cette ascension l'écarte de son ancien mentor. Il se rapproche d'Isaac Perlmutter, qui de son poste financier reste le décisionnaire ultime. De fait, quand Avi Arad quitte Marvel en 2006-2007, c'est Kevin Feige qui devient l'homme incontournable de Marvel Studios.

Arad et Feige s'opposaient sur un point : la place de Marvel dans la production. Arad prévoyait de louer les licences et de laisser la majorité des coûts aux studios. Moins de dépenses, mais le contrecoup est un montant de recette limité. Feige veut s'impliquer plus et donc ramasser plus d'argent. Cette dispute a forcé Perlmutter à trancher. Sauf que ça coûte cher de s'improviser studio de blockbusters. Et il faut une licence très forte pour réussir l'essai. Heureusement, celle d'Iron Man vient de revenir. L'option posée dessus ne s'est pas concrétisée. Une coproduction est organisée, et une seconde pour un nouveau film L'incroyable Hulk. Celui-ci est un nouvel échec. Mais Iron Man est un succès énorme, le pari est remporté. Kevin Feige peut programmer la suite à partir de 2010, sans partenaire pour Marvel Studios.

La suite, vous la connaissez. La Phase 1 du MCU venait de commencer.

D'autres articles sur Marvel Cinematic Universe...

Publier un commentaire