NOVEMBRE 2018
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Disney : Echapper au diable ou devenir comme lui

Avec son rachat d'une grosse partie de la Twenty-First Century Fox, la Walt Disney Compagny est devenu le plus puissant poids-lourd du cinéma Hollywoodien. Ce qu'il était déjà, il faut le reconnaître. Mais compte-tenu de l'histoire de sa fondation, c'est vraiment un paradoxe. Certes, Walter Elias Disney (1901-1966) est un entrepreneur qui a réussi au-delà de toute imagination. Mais il a toujours été un artiste, avec ce que cela comporte de folie et de décalage vis-à-vis de l'argent. Aujourd'hui, son héritage est un des symboles d'un capitalisme des plus écrasants. Le temps change tout, même les souvenirs...

Le Disney Brothers Studio

Imaginez en 1922 un studio d'animation réunissant les créateurs de Mickey, d'une grosse partie des Looney Tunes et de la Panthère Rose. Vous vous dites certainement que ça ne peut être qu'un succès. Eh non! Laugh-O-Gram Studio fut un échec terrible qui ne dura qu'un an. Certains des participants y ont même appris à dessiner. Mais son directeur de 22 ans (au moment de la faillite) n'abandonne pas. Walter Elias Disney quitte Kansas City pour la Californie. Il invitera rapidement ses camarades à le suivre pour recommencer une expérience similaire.

Pendant trois mois, Walt traine dans les jeunes studios hollywoodiens pour étudier leur fonctionnement. Il a conservé avec lui la bobine d'Alice's Wonderland, un projet expérimental mélangeant dessins et prises de vue réelles. Il l'a proposée à un producteur new-yorkais (les sièges étaient alors tous à New-York) qui accepte de produire. Walt se tourne alors vers son frère aîné Roy. Vétéran de la Première Guerre Mondiale, ce dernier soignait sa tuberculose dans un hôpital d'anciens combattants voisin. Roy Disney sera une pierre angulaire pour l'avenir. Banquier de profession, il assura tout ce qui touchera aux finances de la nouvelle compagnie. Protecteur envers son petit frère, il le laissera prendre toute la lumière et ne discutera jamais ses choix. Aucun réalisateur n'a jamais eu autant de liberté de la part de son producteur.

Alice Comedies ont connu une cinquantaine d'épisodes entre 1924 et 1927. Suit Oswald le lapin chanceux en 1927-1928. Durant cette période, le travail ne manque pas. Quand Roy quitte l'appartement qu'il partageait avec son frère pour épouser sa fiancée de longue date Edna Francis, Walt se fiança avec Lilian Bounds. Les deux mariages eurent lieu en 1925.

Mickey Mouse et Blanche-Neige

Mais les relations se tendent avec leur producteur et distributeur, qui manigance en sous-main pour affaiblir le partenaire. Parce qu'il ne pouvait pas être crédité au générique, Walt changea le nom de la compagnie en Walt Disney Studio. La séparation a lien en 1928, et la majorité de l'équipe abandonne les deux frères. Le projet de la dernière chance s'appelle Mortimer la souris. Lilian déteste le nom. Il est changé en Mickey Mouse. Son premier court-métrage sera Plane Crazy. Le troisième, Steamboat Willie, voit son son synchronisé à l'action. Révolutionnaire pour un projet d'animation.

Walt Disney Production est maintenant parfaitement connue du système hollywoodien pour être viable. De nouveaux talents viennent remplacer les anciens. Même Ub Iwerks, le bras droit de Walt, partira en 1930 tenter de monter son propre studio. Il reviendra en 1940. Mais entre temps, une autre révolution aura eu lieu.

En 1936, Walt Disney décide de réaliser un long-métrage d'animation. Du jamais-vu. Les deux frères réunissent tous leurs employés pour les avertir des risques encourus, mais aussi du prestige s'ils réussissent. Eux-mêmes mettent en jeu tout ce qu'ils possèdent. L'année suivante, Blanche-Neige et les Sept nains est un succès au niveau international. Pinocchio peut être envisagé pour 1940 sans aucune pression financière. Même si Walt souhaite un Fantasia pour la même année réunissant plusieurs histoires courtes sur des morceaux célèbres de musique classique. Mais le succès compense les risques pris. Suivent Dumbo en 1941 et Bambi en 1942, qui lancent des innovations techniques dont toute l'industrie bénéficie à terme.

Ces longs-métrages n'ont absolument pas vieilli et marchent toujours quand on les fait découvrir à un jeune public. Ces films d'animations Disney sont devenus une tradition et chaque sortie s'effectue en grande pompe.

La compagnie s'agrandit

Le 6 mai 1940, la Walt Disney Compagny, désormais coté en bourse, achève son installation à Burbank. Le siège social s'y trouve toujours. Mais la Seconde Guerre Mondiale donne un coup d'arrêt aux activités. Le public européen, qui avait rapidement pesé sur les recettes, est inaccessible du fait des confits. Et plusieurs studios sont investis par l'armée. La compagnie est obligée de réaliser des films de propagande pour encourager à rejoindre l'armée. Walt lui-même est embrigadé dans une tournée en Amérique du sud pour détourner les populations de la tentation nazie.

Mais la guerre s'achève, et les affaires peuvent reprendre. Des fonds énormes étant bloqués en Europe, des studios sont achetés en Angleterre pour faire des films (non animés) avec cet argent. Comme l'Ile au trésor (1950) ou Vingt mille lieux sous les mers (1954). Les long -métrages d'animation reprennent aussi : Cendrillon (1950), Alice au Pays des merveilles (1951), Peter Pan (1953), La belle et le clochard (1955) et La belle au bois dormant (1959).

Mais Walt se détourne peu à peu des dessins animés, se reposant de plus en plus sur ses animateurs qu'il surnomme les Neuf Sages. Alors que Roy établit la fondation de la société de distribution Buena Vista Distribution (fondée en 1953), afin de devenir de plus en plus indépendant, son petit frère s'intéresse à la télévision. Il devient animateur pour la chaine ABC, où il présente anciens et nouveaux courts-métrages ainsi que quelques séries (Zorro, Davy Crockett...). Le Mickey Mouse Club connaîtra plusieurs versions jusqu'aux années 90. Le monde merveilleux de Disney a perduré jusqu'en 2005.

Mais le grand projet de Walt, c'est le parc Disneyland à Anaheim Californie (où était enregistré Le monde merveilleux de Disney). Inauguration le 17 juillet 1955.

Les dernières années du duo

Disneyland était tellement bénéficiaire que Disney a pu se permettre de racheter une partie d'ABC. Buena Vista est devenu International. Les 101 dalmatiens (1961) et Merlin l'enchanteur (1963) continuent d'écrire la légende. Et que dire de Mary Poppins (1964) ? Qui nécessite une grande participation de Walt pour que le projet se fasse. Malheureusement, le génie créatif ne verra pas la sortie du Livre de la Jungle (1967). Il décède le 15 décembre 1966 d'un cancer du poumon.

Seul aux manettes, Roy Disney achève les rêves de son frère. Le dernier grand projet était le parc Disneyworld en Floride. Le grand frère le mènera à terme le 1er octobre 1971. Projet estimé à 400 millions de dollars, il ne laissera aucune dette majeure. Les Aristochats (1970) sont laissés aux Neuf Sages (qui ne sont déjà plus neuf) sans supervision. Et il s'éteint à son tour le 20 décembre 1971.

L'ère des nouveaux dirigeants aux poches pleines et aux principes impitoyables, similaires à ceux contre lesquels les deux frères se sont battus, peut alors commencer.

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