NOVEMBRE 2018
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Disney : Après les frères fondateurs

A la mort de Walt (1966) et Roy Disney (1971), le petit studio d'animation créé par les deux frères est devenu un géant du divertissement mondial. Pendant plus de quarante ans, se battant contre des puissances financières supérieures, ils se sont construit un empire bien supérieur. Ils étaient l'alliance de la créativité et de l'économie, là où leur rivaux se contentaient souvent de fixer des limites financières. Malheureusement, leurs morts arrivent à un tournant de l'histoire hollywoodienne. Echaudés par des dépenses qui ont failli couler des studios, les producteurs lâchent la bride à leurs réalisateurs. Leurs chefs disparus, des concurrents plus agressifs, Walt Disney Compagny pouvait-elle résister à la pression ?

Une décennie difficile

Card Walker, le bras droit de Roy Disney lui succède. Un choix interne logique, mais peu ambitieux. Son plus grand fait de gloire est de superviser et inaugurer Tokyo Disneyland, le premier parc hors Etats-Unis. Il prend même sa retraite quelques jours après l'ouverture, le 15 avril 1983. Pour le reste, les créatifs sont en roue libre. Et ils étaient déjà en fin de parcours.

Les aristochats (1970), le premier film sans Walt Disney, inaugurait le premier long-métrage d'animation Disney oubliable. Le plus mémorable de cette période est Robin des Bois (1973), mais pas forcément pour les bonnes raisons. De nombreuses séquences sont en effet copiées de films précédents, notamment Le livre de la jungle et Blanche-neige et les sept nains. La plus grosse licence développée est celle de Winnie l'ourson, mais il s'agit d'une base déjà commencée par Walt et Roy Disney. De manière générale, la main du maître et sa vision manquent.

Les plus gros succès viennent de la division cinéma. Un amour de Coccinelle sort en 1968. Suivront trois suites (1974, 1977 et 1980), plus une mini-série en 1982. Cette voiture et son univers resteront un emblème fort de Disney, puisqu'il y aura des tentatives de reboot dans un téléfilm de 1997 et au cinéma en 2005. Peter et Elliott le dragon sort en 1977, mélangeant animation et prises de vue réelles. En 1982, Tron permet de renouer avec la tradition d'innovation de Disney : le film utilise pour la première fois des images générées par informatique.

L'arrivée de Michael Eisner

En 1981, la famille de Walt Disney vend à la compagnie tout ce qui concerne les droits sur le nom du fondateur, qui devient une simple marque déposée. Mais des membres de la famille continuent de siéger au conseil d'administration. En 1984, une tentative d'OPA pousse à demander de l'aide à Michael Eisner, ancien haut-responsable d'ABC et de la Paramount. C'est demander à un loup d'aider à affronter une meute. Pendant plusieurs années, il s'opposera à Roy Edward Disney, fils de Roy le fondateur et neveu de Walt.

Autoritaire, dictatorial et paranoïaque, l'homme profite dans un premier temps des innovations des dernières années. Quelques semaines avant son arrivée avait été lancé Touchstone Pictures pour s'occuper de films plus matures (selon les standards Disney). Disney Channel avait été lancée l'année précédente (sous forme d'une chaine optionnelle avec partage de fréquence, soit quelques heures par jour). Et Tokyo Disneyland était lié à son prédécesseur. Le tout était rentable, mais nécessitait une réorganisation pour mieux fluidifier cet ensemble. Ce fut le grand travail de Michael Eisner.

Il développa aussi ces ressources. Disney Channel connut une croissance record, avec créations originales et internationalisation. Eurodisneyland Paris fut ouvert le 12 avril 1992.

Second âge d'or

Michael Eisner fut aidé pour se maintenir en place par la réussite de ce que l'on a appelé la Renaissance Disney. Après deux décennies en demi-teinte, les scénaristes et animateurs des long-métrages d'animation renouent avec le succès avec La petite sirène (1989). Suivent La Belle et la Bête (1991), Aladin (1992), Le roi lion (1994), Pocahontas (1995), Le bossu de Notre-Dame (1996), Hercule (1997), Mulan (1998)... 1999 clôt la série avec Tarzan et Fantasia 2000, qui recommencent à baisser. Ce dernier film était un projet personnel de Roy Edward Disney, en souvenir de son oncle.

A côté de tout ceci, il y a Toy Story (1995). Un film d'animation réalisé par le studio Pixar (fondé par George Lucas et dirigé par Steve Jobs), co-produit et distribué par Disney. Bien qu'il s'agisse d'un succès énorme qui fait des personnages des classiques de la maison, il porte en lui-même les germes de la fin de cette période. Avec ses images de synthèse, il se présente comme particulièrement innovant. Et ses auteurs étaient particulièrement créatifs. A terme, une fois le contrat de partenariat arrivé, il devient évident que les deux vont entrer en concurrence.

Ou peut-être même avant...

Des hauts et des bas

Le tournant des années 2000 est difficile pour Disney. Les résultats des parcs ne sont plus ceux espérés. Les magasins de produits dérivés connaissent la concurrence de grandes surfaces. La bulle internet explose, et l'attaque terroriste contre le World Trade Center ruine le tourisme mondial. Disney Channel résiste en se développant. Mais partout il faut faire des coupes budgétaires pour se débarrasser des branches les moins rentables.

Côté cinéma, Disney peut jouer dans la catégorie des blockbusters avec notamment Pirates des Caraïbes La malédiction du Black Pearl (2004). Mais côté animation, c'est une succession d'échecs. Les suites sans saveur se multiplie. Les nouvelles histoires attirent peu. Seul le partenariat avec Pixar rencontre le succès : Monstres et Cie (2001), Le monde de Nemo (2002), Les Indestructibles (2004). Mais les relations se tendent avec Steve Jobs, qui ne cache même plus qu'il cherche un nouveau distributeur à la fin du contrat en cours.

En novembre 2003, Roy Edward Disney jette l'éponge dans son combat contre Michael Eisner. Ses partisans sont rapidement limogés. L'homme d'argent croit avoir vaincu toute opposition interne. Au point qu'il oublie de parler au directoire (les principaux actionnaires) de certaines offres faites à la compagnie. Fin 2004, le contrat du chef d'entreprise le mieux payé des Etats-Unis ne voit pas son contrat renouvelé. Lui succède son bras droit Robert Iger.

Un successeur qui déplaisait évidemment à Roy Edward Disney. Décédé en 2009, il n'a vu personne lui succéder pour essayer de restaurer l'état d'esprit caractéristique de son oncle.

Les rachats de Bob Iger

En 2004, les Muppets tombent dans le catalogue Disney. Ce rachat a été effectué sous Michael Eisner, mais d'autres vont suivre. C'est l'un des aspects de la méthode Bob Iger. Le deuxième est la grande liberté qu'il laisse à ses différentes divisions et à leurs chefs.

En 2006, Apple souhaite que Steve Jobs revienne lancer des révolutions chez eux. Mais pour cela, l'ancien pirate de la Silicon Valley doit se séparer de Pixar. Les négociations avec Bob Iger s'achèvent en 2007, et le rachat est officialisé avant la sortie de Ratatouille. Wall-E (2008) sera le dernier film sorti sous la forme du partenariat. John Lasseter, cofondateur du studio et directeur de la création devient le directeur de la création du secteur animation de Disney. Ses collaborateurs connaissent des promotions similaires. Au point que certains ont déclaré que c'était Pixar qui avait racheté Disney. Les succès de La Princesse et la Grenouille (2009), Raiponce (2010), Rebelle (2012), La reine des neiges (2013), Zootopia (2016) et Vaiana la légende du bout du monde (2016) témoignent de la revitalisation apportée par ce rachat.

En 2009, Marvel vient de lancer son MCU. Bob Iger et Disney entrent alors en négociations pour acheter ce qui se présente comme la nouvelle vague d'adaptations de super-héros. Et va apporter son soutien pour aider à établir les blockbusters de la Phase 1. C'est à dire avant l'explosion Avengers (2012). Mais l'organigramme est resté le même qu'avant l'intervention de Disney. L'ancien propriétaire Isaac Perlmutter gagne une place au directoire de Disney. Et Kevin Feige, l'homme qui a imaginé le MCU, n'a vu aucun nouveau responsable chargé de l'orienter ou le conseiller. Depuis, ils ont récupéré plusieurs licences louées à d'autre studios sans aucune intention de les laisser repartir.

En 2012, c'est au tour de Lucasfilm, propriétaire de Star Wars, Indiana Jones et quelques autres licences, d'être racheté. Georges Lucas part en retraite, mais c'est son bras droit qui est nommé responsable de tout ce qui touche à ses licences. Et des films qui ont suivi. Et en 2017, une partie du catalogue de la FOX...

Transformations

A la mort de Walt Disney, la compagnie qu'il a créée a perdu son principe fondateur de laisser le créatif parler avant le financier. Son frère Roy était trop minutieux pour passer outre, mais lui parti à son tour ce n'était qu'une question de temps avant qu'un producteur formé à la bourse ne renverse les conditions.

Michael Eisner n'est pas parti de rien pour cette transformation. Walt Disney Compagny était déjà devenue une trop grande structure. Dans un pays où le capitalisme est roi, ce qui est petit se fait manger et celui qui est gros dévore. Disney doit rapporter de l'argent, doit vivre pour l'argent. Et tant pis si le rêve se retrouve alors inféodé à une machine.

Bob Iger, successeur et héritier d'Eisner, est allé encore plus loin. Le rachat de concurrents potentiels pour en faire des branches semi-indépendantes permet de veiller à ce que les sections bénéficiaires soutiennent celles en difficulté. Mais dans ces conditions, la concurrence interne rôde. Disney est devenue une hydre gigantesque. Combien de temps avant que les différentes têtes ne posent des problèmes ?

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