NOVEMBRE 2018
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Stan Lee, l’homme de Marvel

Pour beaucoup il est l'homme-caméo, celui qui fait une apparition dans tous les films Marvel depuis l'an 2000. Ces caméos avaient commencé dans les années 80 mais c'est seulement à partir de X-Men de Bryan Singer que sa présence est devenue systématique. Il est connu pour avoir créé un grand nombre de super-héros Marvel, parmi les plus célèbres de la firme. Un vieux monsieur emblème de la firme, que l'on ressort pour montrer l'héritage ? Non, il était bien plus que cela.

Premiers pas

Stanley Leiber est né le 28 décembre 1922 à New York. Fils d'immigrés roumains juifs pendant la Grande Dépression, il doit multiplier les petits boulots à côté de l'école pour aider la famille. C'est ainsi qu'il devient stagiaire pour l'ami de la famille Martin Goodman en 1940. Timely Comics a lancé son premier numéro Marvel Comics l'année précédente. Le garçon de 16 ans travaille avec Joe Simon et Jack Kirby sur Captain America. C'est dans ces pages qu'il sera pour la première fois publié. Il signe du pseudonyme Stan Lee, ne prévoyant pas de faire ceci toute sa vie. Son nom de naissance était réservé pour le grand roman qu'il écrirait… jamais. Au final, il a fait un changement d'état civil tandis qu'après plusieurs changements de noms et manipulations pour réduire les impôts Timely Comics finissait par devenir Marvel.

En 1942, plusieurs artistes se brouillent avec Martin Goodman pour des questions de salaires. Jos Simon était alors le directeur de publication. Avec son départ, son stagiaire le remplace. Stan Lee devient rédacteur en chef à même pas 20 ans. Pas pour longtemps. Dès qu'il eut l'âge légal, il rejoignit l'armée et la Seconde Guerre Mondiale. Ce qui ne change pas grand-chose, à son retour il retrouve la place. Après tout, il fait du bon travail et n'est pas très cher…

La révolution Marvel

Les années 50 sont une période terrible pour les comics. Chez Timely rebaptisé Atlas Comics, Stan Lee est le seul rédacteur permanent. Ses scénarios permettent à la compagnie de survivre, et il touche ainsi à plusieurs genres : science-fiction, horreur, western, romance… Puis en 1964, Martin Goodman lui faire remarquer que DC Comics a réussi à remettre les super-héros à la mode. Et lui demande de suivre le mouvement. Avec Jack Kirby, revenu en 1958, il lance en novembre 1961 les Quatre Fantastiques. Tout en gardant suffisamment d'éléments de science-fiction pour le reverser dans un autre magasine si besoin. Mais c'est un succès. Avec Kirby, Steve Dikto, Don Heck, Bill Everett ou encore son petit frère Larry Leiber, il crée plusieurs personnages qui deviendront célèbres. Au début des années 70, Marvel deviendra sous sa houlette le premier groupe de comics au monde.

Cette diversité lui a permis de mieux explorer le caractère humain. Et quand il revient au super-héros il les pense bien loin du modèle de ses débuts. Un modèle alors toujours aux manettes du grand rival DC Comics. Plutôt qu'à un certain alien ou un milliardaire orphelin, il est plus facile de s'identifier à un adolescent marginal comme Spiderman. Hulk ou la Chose des Quatre Fantastiques vivent comme un poids les pouvoirs qui les ont défigurés. Thor et Daredevil sont handicapés, même si cet aspect sera rapidement abandonné pour le premier. Sans parler des problèmes financiers, personnels, qui poussent à des interactions moins idylliques avec le monde qui les entoure. Et un langage plus familier qui entraine le lecteur dans un terrain plus connu. Le succès est tel que Lee se lance le défi d'ajouter au catalogue un personnage le plus détestable possible. Iron Man s'ajoute aux réussites.

Controverses et avancées

Le fait de travailler sur presque tous les titres en même temps permet d'ajouter des liens et de créer un univers partagé cohérent. Mais il ne peut tout suivre et il laisse souvent ses dessinateurs gérer une partie du scénario. Il augmente l'importance des artistes par rapport à celle du personnage. Tout en conservant bien évidemment le sien en premier. Ce qui lasse certains de ses collaborateurs frustrés. Certains l'ont même accusé de s'être attribué leurs idées. Repassé chez DC dans les années 70, Jack Kirby le parodie avec le supervilain Funky Flashman. Sans pouvoirs mais sans scrupules, cet homme d'affaires cherchait à manipuler les superhéros et les exploiter. Même l'élégance de son ancien ami est sujet de moquerie quand il révèle qu'il porte une perruque. Mais globalement, la jeune génération aime apprendre à son école.

Durant les années 50, l'Amérique puritaine a imposé un Comics Code restreignant les auteurs à une moralité bien rigide. Stan Lee va contribuer à déboulonner cette "vénérable institution". Il traitera du racisme dans X-Men (remplacez les mutants par des Noirs si vous ne comprenez pas) et créera le premier superhéros noir, la Panthère Noire. Il passera un accord avec le ministère américain de la santé en 1971 pour que Spiderman traite de la drogue. Et quand le CCA s'y oppose, il publie aussitôt ce que ses rédacteurs lui ont apporté. Avant d'approuver la création de vampires comme Blade ou Morbius. L'organisation plie sous ces assauts et assouplit ses règles. Mais Marvel ne demandera plus de sceau d'approbation.

La retraite ? Ou presque

En 1972, Stan Lee abandonne le poste de rédacteur en chef de Marvel Comics. Officiellement, c'est une promotion et son bras droit lui succède au poste. Il doit profiter de sa notoriété pour promouvoir la marque Marvel. Il déménage notamment en Californie pour promouvoir plusieurs projets d'adaptations à la télévision ou au cinéma. Si Spiderman avait déjà eu droit à une série animée entre 1967 et 1970 (baptisée L'Araignée en vf), L'Incroyable Hulk ne viendra qu'en 1977-1982 avec trois téléfilms jusqu'en 1990. Le second, Le Procès de l'incroyable Hulk (1989) marque son tout premier caméo à l'écran. Il participe à une quinzaine de projets, mais très peu aboutissent. Evidemment, l'éloignement se ressent sur son travail d'écriture. Il s'implique de moins en moins dans les publications papiers.

Les années 90 voient un coup de théâtre. Les nouveaux propriétaires de Marvel ont multiplié les mauvais choix et l'entreprise est au bord de la faillite. Des économies doivent être faites. Le salaire de l'emblème prestigieux est coupé. Stan Lee conserve un statut de producteur exécutif pour les adaptations de personnages qu'il a créés. Mais il n'est plus auteur exclusif payé quoi qu'il écrive. Il peut travailler pour d'autres éditeurs. Une première pour lui. DC se jette aussitôt dans la brèche et lui propose une mini-série où il réinventerait les personnages emblématiques de la firme concurrente. Le résultat mitigé résume le statut de l'auteur. Le septuagénaire est un gros nom, qui permet de faire de la publicité. Mais après vingt ans où il a décroché des évolutions, son style a vieilli et ses idées datent.

L'homme-cameo

Stan Lee a néanmoins continué à créer de nouveaux héros jusqu'à la fin. Ainsi que d'écrire des histoires courtes pour Marvel. Mais il a repris son rôle d'ambassadeur dès l'an 2000. Quand les nouveaux propriétaires ont multiplié les adaptations de leurs comics, ils ont tenu à ce qu'il tienne un cameo dans X-Men et dans Spiderman (2002). C'est ainsi devenu une tradition. Il est notamment apparu dans presque tous les films soit adaptés directement par le MCU, soit au travers d'autres studios (FOX, Sony…). Seuls quelques films de la sage X-Men manquent à la liste.

Mais pas seulement des films. Il est aussi apparu dans les séries dérivées du MCU, même si c'est sous forme de photos dans les séries Netflix. Même chose dans les séries animées que Disney a multipliées depuis qu'il a racheté Marvel. Mais aussi des jeux vidéos. Voici que la nouvelle direction semble ne jurer que par lui pour la représentation. Bien plus que les précédentes l'aient jamais fait.

Il faut noter qu'il est même présent dans les films de héros avec lesquels il n'a absolument aucun lien (Deadpool, Big Hero 6, Venom).

Héritage

Au premier abord, l'héritage que laisse Stan Lee semble ne concerner que la paternité de quelques héros de bande-dessinés. Des héros qui lui auraient échappé depuis longtemps. Et ses co-créateurs se sont plusieurs fois plaints qu'il en avait tiré plus que sa part.

Mais ce serait réduire son rôle dans la pop-culture que de le résumer ainsi. En ancrant ses histoires dans un univers plus réaliste, interconnecté, moins aseptisé, il l'a rendu plus intéressant. Avant 1961, la moyenne d'âge des lecteurs d'histoires de super-héros était entre 10 et 12 ans. Avec lui, elle n'a cessé d'augmenter. Et quand d'autres ont pris le relais, cette moyenne a atteint aujourd'hui une tranche d'âge entre 25 et 30 ans. Grâce à un mouvement qu'il a initié.

En outre, les superhéros sont un pilier de la culture geek. Et depuis les années 80, celle-ci occupe une grande place dans la culture de l'entertainment. Plusieurs réalisateurs qui explosent à cette époque ne cachent pas avoir grandi en lisant des comics. Leur nombre augmente à chaque décennie, et l'explosion des films de superhéros depuis les années 2000 les rendent encore plus célèbres. Et pas seulement pour le cinéma. Georges R.R. Martin, l'auteur des romans Game of Thrones, a reconnu qu'il avait appris que l'on pouvait tuer ses personnages principaux quand Stan Lee a tué l'Avenger Wonder Man. Il a d'ailleurs fondé son propre univers superhéroique, dont le projet d'adaptation en série se cherche depuis plusieurs années.

Comparer le Batman de la série des années 60 et toutes les adaptations qui ont suivi (sauf Joel Schumacher) permet de comprendre comment la concurrence s'est adaptée au travail de Stan Lee et a su imiter voire compléter son approche.

Et comme les créatifs transforment ce qui les a inspirés pour eux-mêmes inspirer d'autres personnes...

Décès

Stan Lee est décédé le 12 novembre 2018 à l'âge de 95 ans. Il laisse derrière lui, orphelins, les Quatre Fantastiques, Hulk, Spiderman, Daredevil, Ant-man, la Guêpe, Iron Man, Thor, les X-Men originels (Professeur X, Cyclope, Angel, le Fauve, Iceberg et Jean Grey), la Veuve Noire, Hawkeye, Vif-Argent, la Sorcière Rouge, Vision, le Faucon, Black Panther, Groot, le Surfeur d'argent, Dr Strange… Sans oublier les méchants comme Loki, Magneto, Dr Doom… Et les personnages de support...

Puisse son esprit rejoindre le pays des merveilles. Ou l'attendent déjà Martin Goodman, Joe Simon, "the King" Jack Kirby, Steve Dikto et bien d'autres. De nouvelles générations ont su prendre le relais, mais personne n'a su transformer le médium comme lui l'a fait.

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